Réforme de la notation :
une pièce maîtresse dans la "réforme de lÉtat"
Un projet de décret relatif aux conditions générales dévaluation, de notation et davancement des fonctionnaires de lÉtat, doit être soumis pour avis au prochain Conseil Supérieur de la Fonction Publique de lÉtat prévu le 12 février prochain.
La réforme de la notation sinscrit dans la nouvelle étape de la réforme de lÉtat présentée lors de la dernière réunion du CIRE (Comité interministériel pour la réforme de lÉtat) le 15 novembre 2001.
Deux objectifs essentiels y sont affirmés :
1) Améliorer la gestion des ressources humaines au service de la réforme de lÉtat
Afin de rendre la Fonction Publique plus attractive, il convient de revaloriser davantage les parcours professionnels des agents de lÉtat, en réorganisant lévaluation des compétences et de la manière de servir des personnels ainsi que les modalités de certaines de leurs rémunérations. Cest ainsi quune harmonisation des primes est envisagée à plus ou moins long terme à deux niveaux :
au niveau interministériel, les primes seraient assignées à la réalisation des objectifs individuels ou collectifs.
Lattribution individuelle serait modulée en fonction de la manière de servir de lagent.
au niveau ministériel, le métier ou la filière professionnelle de lagent serait prise en compte selon des critères de gestion des ressources humaines propres à chaque ministère.
2) Une nouvelle gestion publique
Une déconcentration budgétaire ;
La contractualisation des objectifs et des moyens dans ladministration centrale et les services déconcentrés ;
La mise en uvre de la loi organique relative aux lois de finances.
Les grands axes de la réforme
Le caractère obligatoire de lentretien dévaluation
Il porte sur :
les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire, au regard des objectifs qui lui sont assignés,
ses besoins de formation compte tenu des missions qui lui sont imparties,
ses perspectives dévolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité.
Il peut également porter sur la notation.
La déconcentration de la procédure davancement déchelon
affectation au chef de service déconcentré dun capital de réduction dancienneté, exprimé en mois, en fonction des effectifs concernés,
abandon de tout système de péréquation et remplacement par une harmonisation préalable, avec le recours à un système de " notes barèmes " ou " notes pivots " : à chaque échelon de chaque grade correspond une note de référence équivalente à un avancement moyen. Autour de cette note pivot, existe un ensemble restreint de notes possibles, une ou deux supérieures, une inférieure que le notateur attribuera en fonction de la valeur professionnelle des agents et qui correspondront aux réductions ou majorations dancienneté accordées.
La suppression du caractère annuel de la notation
Lexercice de la notation pourra être bi-annuel.
La modification des règles dattribution des réductions dancienneté
Pour un même corps, le nombre de mois de réductions possibles est porté de 75 % à 90 % des effectifs éligibles ;
20 % des effectifs doivent bénéficier dune réduction de 3 mois ;
les autres agents, dont la notation se situe au-dessus de la note de référence, bénéficient dune réduction dun mois.
Une réforme à combattre pour imposer une autre conception du service public
Renforcer les différenciations de carrière des agents,
en fonction de leur évaluation personnelle pour en faire un axe central de la " gestion des ressources humaines ", correspond à une vision rétrograde et dangereuse de la gestion des personnels. Elle comporte des aspects pervers.
Ces méthodes de " management ", particulièrement en vogue dans les entreprises depuis une vingtaine dannées, commencent à être remises en cause car il apparaît quune mise en concurrence exacerbée des salariés engendre le risque dune baisse defficacité du collectif de travail. Par ailleurs, plus la mesure du mérite individuel a des conséquences sur la situation des agents, plus elle pèse sur les libertés de chacun.
Nous revendiquons au contraire une gestion des personnels qui privilégie lévaluation du collectif
au travers de la mesure de lefficacité sociale des missions de service public exercées, même si nous ne contestons pas que soit appréciée la manière dont chacun met en uvre sa qualification.
Cela passe par le fait que la définition démocratique des objectifs damélioration de service public et la mesure de leur efficacité
soient discutées avec les personnels, mais aussi avec les usagers. Cest ce que nous appelons LA DEMOCRATISATION DE LAPPAREIL d'État.
Or, la logique de la réforme proposée sinscrit dans une stratégie inverse, qui vise à imposer au travers de lentretien dévaluation le respect individuel des objectifs assignés dans le cadre dune contractualisation collective des objectifs et des moyens du service, élaborée technocratiquement et dans une approche exclusivement financière.
Le risque dune dérive productiviste au détriment de la qualité du service public est réel.
Nous contestons lorientation proposée concernant la formation professionnelle
dans le cadre de lentretien dévaluation. Lapproche retenue correspond à une vision utilitariste de la formation qui peut conduire au glissement dune fonction publique de carrière vers une fonction publique demploi.
La déconcentration proposée
accroîtrait considérablement le pouvoir des chefs de service, renforçant ainsi les risques de dérapages.
Nous réclamons au contraire :
plus de transparence,
plus de garanties contre larbitraire,
plus de possibilités de recours devant les structures paritaires locales et nationales.
Pour une fonction publique plus attractive, plus efficace,
ce nest pas de lindividualisation des rémunérations et des carrières dont nous avons besoin.
Cest au contraire
le renforcement des garanties statutaires,
lamélioration du pouvoir dachat de tous les fonctionnaires,
la refonte de la grille des rémunérations pour une meilleure reconnaissance des qualifications,
lamélioration des déroulements de carrière,
la suppression des contingentements concernant les avancements de grade,
qui sont au cur du débat.